Un « Non » humoristique au travail spéculatif

Disons également que, dans le domaine de la traduction, le travail spéculatif (speculative work ou spec) prend la forme de « tests de traduction » non rémunérés… et qu’au moins une association de traducteurs (l’ATA) demande à ses membres employeurs ou donneurs d’ouvrage de ne pas recourir à cette méthode.

Citation : As an employer or contractor of translators and/or interpreters, I will uphold the above standards in my business. I further commit myself to the following practices with translators and interpreters: I will not require translators or interpreters to do unpaid work for the prospect of a paid assignment.

(Page de référence : https://www.atanet.org/membership/code_of_professional_conduct.php, point II D).

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L’assurance-qualité, oui ou non ?

Ce ne sera pas une révélation honteuse pour les professionnels aguerris, mais il faut le dire.

Avec un prix de vente « client final » compris entre 10 et 15 centimes d’euro HT le mot, et un traducteur payé à 9 centimes d’euro HT le mot au maximum, peu d’agences de traduction intègrent l’assurance-qualité -et j’entends bien l’assurance-qualité faite par un tiers indépendant, qu’il faut donc payer en sus– dans le dit prix de vente. Et ce, quelle que soit par ailleurs l’insistance publicitaire des agences en question à affirmer le contraire. C’est donc souvent le traducteur qui fait sa propre assurance-qualité (entendons-nous bien : je ne dis pas qu’une traduction « brute de fonderie » doit être envoyée au client dès qu’elle est terminée !), tout comme il est censé prendre en charge d’autres prestations, comme par exemple la mise en page… sans majoration de ses tarifs.

Soyons réalistes : la qualité a un coût, que le client feint parfois d’ignorer en se retranchant derrière un budget. Certes…  Mais comment espérer, à budget égal d’année en année, obtenir le même prix, voire un prix inférieur, pour des services de ce type ?

Le pouvoir de la stupidité

Nul ne saurait prétendre à la perfection, et les sites professionnels dédiés aux traducteurs ne font pas exception.

Néanmoins, et eu égard à une expérience récente et assez négative, j’en reviens à dire que toute forme de communication (même -et surtout- celle qui s’effectue par le biais de sites Internet) ne vaut que par les personnes qui y participent et qui en respectent les règles.

Mais est-ce respecter les règles que de les contourner ou de les interpréter ?

A titre d’exemple, certains membres de ces sites ne postent de messages qu’à intervalles très irréguliers (les Anglo-Saxons diraient « once in a blue moon »), mais principalement dans le but de critiquer le site ou d’en attaquer de manière détournée ou obvie certains membres. L’amertume qui se cache derrière ces messages aux accents mielleux mais néanmoins fielleux révèle plus ce qu’on pourrait appeler une mauvaise tournure d’esprit de la part de ces membres qu’une contribution même minime au bien collectif.

A titre personnel, je dois dire que je n’ai aucune idée quant aux raisons d’une telle attitude et je ne suis probablement pas le seul utilisateur à me poser de telles questions. A terme, et c’est là le plus inquiétant, de telles personnes ne prennent aucun risque : elles se taisent et disparaissent une fois le mal fait, pour réapparaître plus tard et reprendre leurs jeux.

C’est ainsi que, si nous n’y prenons garde, nous donnons tout pouvoir à la stupidité et à ses corollaires : l’intolérance, la censure et la pensée unique. Que, comble de l’ironie, les personnes qui s’en rendent responsables font passer au nom de la liberté d’expression.

Comparaison n’est pas raison…

Comparaison n’est certes pas raison, mais il y a des parallèles troublants que je ne peux m’empêcher de faire.

Ainsi de la traduction assistée par ordinateur et des problèmes rencontrés par les utilisateurs de la toute dernière version du « progiciel de référence du métier », lesquels problèmes ressemblent à s’y méprendre à ceux rencontrés par les utilisateurs du « système d’exploitation de référence » utilisé aujourd’hui. L’un comme l’autre ont bénéficié d’opérations de marketing très poussées, au point de faire croire qu’il n’y avait point de salut en dehors de XXX ou de ZZZ (ce qui, comme chacun devrait le savoir, est loin d’être vrai). Ces opérations de marketing n’ont cependant pas empêché les systèmes en question d’être sujets à de nombreux incidents, plus ou moins critiques selon les cas.

Chacun pourra en tirer les conclusions qu’il voudra. Pour ma part, j’ai fait le choix d’aller voir ailleurs… et ce que j’ai vu m’a agréé. Plus de plantages intempestifs, plus d’écran noir parce que le pilote d’affichage a décidé de faire la grève, plus de formats compatibles qui ne le sont pas vraiment, plus d’erreurs aux codes aussi hermétiques que l’ésotérisme le plus abscons et j’en passe.

De nos jours, la transparence et la simplicité d’utilisation (ou du moins l’absence de complexité) sont de règle.  Les traducteurs ne sont pas forcément tous des techniciens en informatique ou des programmeurs. L’oublier, et penser de surcroît que tous les problèmes peuvent être résolus par la fourniture a posteriori de « service packs », est à mon sens une erreur grave… voire fatale !

Et un autre parallèle me vient à l’esprit, à savoir celui avec les prix, qui dans notre profession comme dans d’autres, deviennent de plus en plus le seul critère de décision d’achat : acheter au moins disant, certes, mais pour quel produit et avec quels résultats ?  Comme quoi une certaine sagesse populaire a raison de dire que le bon marché est toujours plus cher ! Comprenne qui pourra.