D’autres perspectives pour le secteur de la traduction

http://ow.ly/1rw8S (sur le blog de Sara Freitas-Maltaverne) / Corporate translation buyers: think local – and sustainable – when going global.

Un modèle et des perspectives fort éloignés du système de la sous-traitance à tout crin, de l’interchangeabilité des traducteurs et de la course aux prix les plus bas.

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Restons socialement et politiquement corrects…

en soutenant les crimes et délits !

A Charleroi, mieux vaut ne pas rouler en Jaguar (source : http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2010-03-23/jugement-rouler-en-jaguar-a-charleroi-ne-plait-pas-a-la-justice-belge/920/0/436754)

Les mauvaises langues ironiseront en disant que c’est une histoire belge. Elle n’a pas fait rire Laurent, son personnage principal, condamné à rendre une subvention versée par la région wallone après avoir déménagé et « affiché ostensiblement sa prospérité » dans une région « économiquement pauvre et sinistrée ».

Laurent touche une prime de réhabilitation de 6.172 euros, après avoir acquis, en 1998, un petit hôtel particulier un peu délabré à Ransart, dans l’agglomération de Charleroi. La bâtisse retrouve alors son lustre d’antan… et attire les convoitises. En 2001, Laurent est victime d’un car-jacking. Sa BMW est retrouvée quelque temps plus tard mais volée une deuxième fois, lors d’un home-jacking, un braquage dans sa maison. Rebelote en 2006 : cette fois, sous la menace d’armes à feu, les braqueurs forcent en pleine nuit Laurent, sa femme et ses enfants à monter dans la jaguar familiale. La petite famille sera abandonnée dans une zone industrielle. Les truands prennent la fuite dans la berline anglaise. Ras-le-bol : Laurent déménage. Adieu la maison toute pimpante !

Des attendus surréalistes

Adieu les ennuis ? C’était compter sans la machine judiciaire. La région wallone exige en effet le remboursement de la subvention au prétexte que Laurent n’a pas respecté l’obligation de résidence liée à son versement. Et le tribunal de Charleroi vient de lui donner raison, dans un jugement qui fait la une de nombreux médias belges pour ses attendus pour le moins surréalistes. La juge Genevière Denisty estime en effet « qu’il n’est peut-être pas raisonnable d’attirer l’attention sur soi en circulant en Jaguar et en vivant dans une ‘belle maison’, en affichant ostensiblement sa prospérité, ou une certaine prospérité, dans une région économiquement pauvre et sinistrée, comme l’est celle de Charleroi ». Elle précise aussi que « ces faits de violence ne peuvent êtres considérés comme imprévisibles et/ou exceptionnels » et qu’en conséquence « le cas de force majeure ne peut pas être invoqué » pour justifier le déménagement.

Commentaire de Frédéric Clément de Clety, l’avocat de Laurent qui va faire appel : « Comme si à Charleroi, il fallait rouler en Trabant, se promener en training ou habiter une maison délabrée pour être en sécurité ou bien être irréprochable ». Étonnant, non ?

Marges arrière ?

J’invite les collègues qui me lisent et qui ont un profil sur TranslatorsCafé.com à répondre au sondage suivant : http://www.translatorscafe.com/cafe/MegaBBS/thread-view.asp?threadid=15983.

La recherche du Graal ou le mythe de la qualité

À l’heure actuelle, et comme en attestent de nombreux forums, le secteur de la traduction semble se concentrer sur une approche qualitative des contenus traduits, que ce soit au niveau terminologique ou au niveau rédactionnel.

Mais qu’en est-il vraiment ? La qualité est-elle un mythe, une réalité plus ou moins bien mise en œuvre ? Ou encore et tout simplement un argument commercial parmi d’autres ?

La question se pose, car entre les traductions fournies par les traducteurs, les versions corrigées par les relecteurs et les versions acceptées par les clients finaux, il peut y avoir un monde dont le grand public, et aussi les acheteurs de traductions, ne sont pas toujours conscients.

Je ne parle même pas de ces publications plus ou moins spécialisées, que l’on trouve notamment sur Internet, et dans lesquelles les auteurs (et j’entends bien les services PR des clients) emploient par exemple le terme « diagnostique » en tant que substantif et écrivent « inclus » quand il s’agit du verbe inclure, pris à la troisième personne du singulier et au présent.

Je parle d’erreurs objectives, indéniables et démontrables que l’on retrouve dans des contenus relatifs à des produits assez élaborés, donc vendus à un prix conséquent, eu égard à la clientèle assez peu nombreuse susceptible d’être intéressée par l’achat de tels produits.

Pour aborder le fond du problème, je vais me servir d’un exemple très concret et personnel.

J’utilise, dans le cadre de mes loisirs, un logiciel de MAO (Musique Assistée par Ordinateur) récent, publié par un éditeur de renommée mondiale.

L’un des fonctions disponibles permet d’insérer ou de modifier des notes de musique quand on travaille à l’écran, notamment lorsque la première saisie s’est effectuée par le biais du clavier virtuel, accessible au niveau de l’interface graphique.

Pour les lecteurs n’ayant pas de notions de solfège, il convient de préciser que la notation musicale occidentale moderne (et non contemporaine, qui peut être très différente en fonction des impératifs du compositeur ou de l’œuvre considérés) se décompose en figures de notes, dont la ronde est l’unité de mesure principale.

On trouve par ailleurs, et pour en rester aux subdivisions essentielles :

  • la blanche (½ ronde) ;
  • la noire (¼ de ronde) ;
  • la croche (1/8ème de ronde) ;
  • la double croche (1/16ème de ronde) ;
  • la triple croche (1/32ème de ronde) ;
  • la quadruple croche (1/64ème de ronde).

Ce sont là des notions fondamentales de solfège, que l’on retrouve par exemple dans l’encyclopédie en ligne Wikipédia (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Représentation_des_durées_(solfège)).

J’ai donc été très surpris que mon logiciel de MAO (ou plus exactement ses concepteurs, ou encore les personnes chargées de sa traduction de l’anglais vers le français) passe outre à ces fondamentaux.

Si l’interface permet bien d’insérer des notes allant jusqu’à la triple croche et qu’elle génère par elle-même et le cas échéant des quadruples croches, les désignations des notes ainsi disponibles sont erronées et ne correspondent pas à celles qui sont enseignées dans les cours de solfège.

La ronde s’appelle bien une ronde, mais les désignations suivantes sont, pour une raison ou pour une autre, « décalées » – et on se trouve donc en présence des subdivisions suivantes :

  1. ronde (correct) ;
  2. croche (au lieu de blanche) ;
  3. double croche (au lieu de noire) ;
  4. triple croche (au lieu de croche) ;
  5. triple croche (au lieu de double croche) ;
  6. quintuple croche (au lieu de triple croche).

Et, fait assez curieux, l’éditeur de ce logiciel a même fait un doublon, en désignant deux valeurs distinctes par le même nom (les n° 4 et 5 de la liste ci-dessus).

Les correspondances anglo-saxonnes, que ce soit en anglais britannique ou en anglais américain, sont elles aussi dépourvues d’ambiguïtés et excluent tout risque de confusion, notamment lorsque l’on en vient à la traduction d’une telle interface.

Que faut-il en conclure, si l’on peut toutefois apporter une conclusion à ce type de constatations ?

Il sera tout d’abord possible de m’objecter qu’il n’y a pas, dans ce cas précis, un risque quelconque d’atteinte à l’intégrité des personnes ou un danger de mort.

Certes ! Mais il y a au moins un problème de compréhension essentiel du point de vue du domaine de spécialisation (en l’occurrence la musique), de même qu’il y aurait matière à discussion dans le domaine de la traduction médicale si l’on confondait bistouri et scalpel. Après tout, pour un non-spécialiste, ce sont bien tous deux des instruments destinés à faire des incisions, n’est-ce pas ?

On pourra me dire ensuite que personne ne remarquera ces erreurs, qu’elles sont minimes ou encore que les musiciens utilisant ce logiciel les rectifieront mentalement d’eux-mêmes.

Admettons… Mais que faisons-nous, dans ce cas, des utilisateurs qui abordent la musique par le biais de l’informatique et qui en viennent ensuite aux fondamentaux ? Comment justifier cette dissonance cognitive, comment expliquer à quiconque (et surtout à la jeune génération !) que les informations qui s’affichent sur l’écran d’un ordinateur sont sujettes à caution ou effectivement erronées ?

À titre accessoire, et avec des erreurs aussi évidentes que récurrentes, comment le prix d’un tel logiciel est-il justifié ? Et ne peut-on pas, incidemment, se demander s’il s’agit d’une erreur apparente, qui cache des anomalies et des bogues enfouis aux fins fonds du code source du logiciel ?

Cet exemple du logiciel de MAO, pris parce qu’il m’est familier, n’est en soi qu’une des nombreuses occurrences auxquelles tout un chacun (donc tant le grand public que les professionnels) sera confronté un jour ou l’autre. Occurrences constatées, relevées ou ignorées en fonction du degré de culture des personnes concernées et de leur volonté d’acheter par exemple le produit X plutôt que le produit Y ou Z, de s’adresser à un prestataire A plutôt qu’à son concurrent B.

Pour en revenir à ma question initiale, à savoir « La qualité est-elle un mythe ? », je crois qu’elle se pose de manière de plus en plus aiguë au fur et à mesure que la société évolue et que la culture se massifie. Nous sommes déjà dans une ère où les mots sont employés en dehors de leur sens et de leur contexte, voire dans laquelle ils sont plus ou moins détournés de leur sens originel pour s’adapter aux « demandes du public ».

Si nous voulons parler de qualité dans le domaine de la traduction, il faudrait tout d’abord revenir à des fondamentaux qui, du fait de la société de consommation et de communication de masse, sont ignorés, maltraités ou abolis au nom d’une idéologie diffuse dont personne ne connaît l’origine mais à laquelle tout le monde est censé adhérer.

C’est ainsi qu’il est tout à fait inutile d’élaborer des normes de qualité absconses, voire de rechercher une certification ou un label de qualité, dès lors que les normes en question proposent pour l’essentiel des modes opératoires ou des procédures, pourtant inaptes en tant que tels à garantir que la traduction réalisée, validée et publiée correspond à l’essence du texte d’origine.

En un mot comme en cent, arrêtons de parler de la qualité – et contentons-nous de la produire !